La Trilogie De La Mort Critique Essay

En 1990, Nacho Cerda conclut ses études de cinéma par la réalisation d'un court-métrage intitulé THE AWAKENING. Tournée en un week-end dans l'université qui, voilà quelques années, offrit la possibilité à Carpenter de mettre en scène certaines séquences du PRINCE DES TÉNÈBRES, la première fiction du cinéaste espagnol comporte les germes principaux des oeuvres à venir. Ne pouvant “naître” en terre américaine par manque de producteurs avisés, ces dernières se concrétisent dans la patrie de Don Quichotte. Accompagné d'amis fidèles, Cerda se lance dans la préparation d'une “expérience extrême et jamais vue au cinéma” (dos de couverture du DVD édité par Wild Side). Neuf nuits passées dans une véritable morgue prouvent l'extrême motivation, voire l'héroïsme, de l'équipe à l'origine d'AFTERMATH (1994). Chargé de la photographie, Christopher Baffa met en valeur l'immense travail effectué par DDT sur les effets spéciaux. L'horrifiante crédibilité des cadavres créés à l'occasion confine au sublime lorsque se posent sur elle les yeux hallucinés d'un Pep Tosar littéralement possédé par son rôle de chirurgien nécrophile. Preuve du tour de force, les festivals de Séville et d'Amsterdam décernent à cette fiction le prix du meilleur court-métrage, ce qui n'empêchera pas le cinéaste de se trouver sans fond ni partenaire pour réitérer l'exploit. Plusieurs mois dans la pub demeurent nécessaires afin de remédier à la situation. Le monde du Septième Art consacre pourtant une nouvelle fois l'incontestable talent du réalisateur en octroyant à GENESIS (1998) seize récompenses et une nomination aux prestigieux Goyas. L'histoire tragique de ce sculpteur souhaitant redonner vie à sa défunte épouse par l'intermédiaire d'une statue impliquait la collaboration d'un comédien aussi doué que Pep Tosar. Celui-ci ne se fait pas prier en conférant une dimension tout à la fois très émouvante et ténébreuse à son héros. Baffa retenu aux USA, Cerda choisit Xavi Giménez comme directeur photo et donne au jeune technicien la possibilité de promouvoir un savoir-faire qui par la suite éclatera dans INTACTO, DARKNESS ou FRAGILE. Achevée, LA TRILOGIE DE LA MORT permet d'apprécier la naissance d'un artiste qui devrait progressivement trouver une place de choix au panthéon des “Maîtres de l'horreur”. Sans concession excepté celles d'ordre esthétique, THE AWAKENING, AFTERMATH et GENESIS ne peuvent laisser “froid”, chose que le DVD estampillé Wild Side ainsi que ses éventuels acheteurs auront évidemment compris.

“THE AWAKENING” (1990) Le temps semble s'être arrêté au sein d'une université américaine à la stupéfaction d'un étudiant apparemment épargné par le phénomène.

“AFTERMATH” (1994) Dans une morgue, un chirurgien nécrophile concrétise ses plus morbides fantasmes.

“GENESIS” (1998) Veuf depuis peu, un artiste décide de sculpter une statue à l'effigie de la défunte laquelle paraît progressivement revivre sous cette nouvelle enveloppe d'argile.

LA TRILOGIE DE LA MORT offre trois approches distinctes du motif éponyme. Perspectives spirituelle, réaliste et romantique singularisent les opus d'un triptyque visant à confronter le spectateur à sa terrible destiné.

En premier lieu, THE AWAKENING s'inscrit dans une optique religieuse en référant au thème des limbes. À ce titre, Cerda convoque un intertexte théologique qui, surdéterminé, illustre la naïveté du propos. Croix, pyramide percée d'un œil et ange doté d'une montre caractérisent un au-delà directement issu de l'imagerie populaire. Plus personnel, AFTERMATH emprunte aux doctrines et esthétiques réalistes les principaux présupposés à l'origine d'un univers représenté dès lors fort éprouvant. Privée de palliatif métaphorique, la minutieuse peinture de l'autopsie acquière une dimension clinique parfois insoutenable. Pour ce, précise le cinéaste, la mise en scène ainsi que le décor s'inspirent du quotidien d'une véritable morgue, état de fait traumatisant pour un artiste dont le perfectionnisme explique la participation préalable à une réelle opération. Davantage apparenté aux célèbres YEUX SANS VISAGE de Franju qu'au délirant RE-ANIMATOR de Stuart Gordon, AFTERMATH exploite à bon escient l'horrifiante inhumanité de l'acte médical. Précision méthodique du geste, gros plans sur l'appareil chirurgical, stérilité glacée d'une pièce immaculée et carrelée confortent la répulsion que cette vision d'un corps brisé, découpé et évidé, générera naturellement. De fait, Cerda ne nous épargne aucun détail, n'hésitant guère à dévoiler la dense et dégoûtante variété des composantes biologiques humaines. Outre les traditionnels et finalement bien anodins cerveau, cœur et même viscères, les ignobles masses graisseuses jaunâtres ou le vagin pourri du dit cadavre ne manqueront pas de provoquer quelques nausées.

Enfin, GENESIS préfère appréhender la Grande Faucheuse comme un facteur du romantisme le plus tragique, celui lié à la souffrance occasionnée par le veuvage. Contrairement au précédent, le court-métrage développe une tonalité lyrique chargée d'octroyer aux protagonnistes un soubassement essentiellement allégorique, lecture qui motivera de même la narration. Aussi le cadre référentiel accuse-t-il une esthétique singulière laquelle se trouve valorisée par maintes effets de style tels les ralentis, jeux d'ombre et lumière, inserts et fondus au noir. Extrêmement élaboré, le décor affiche ses artifices par l'accumulation de références artistiques — statues, ou stéréotypes du genre — décrépitude de la demeure.

La Mort fait donc l'objet d'une déclinaison tout à la fois spirituelle et esthétique au sein de trois histoires vouées à malmener le cœur et les affects du public. Le pari est réussi tant les “images chocs” (AFTERMATH) ou pathétiques (GENESIS) gravent de leur empreinte indélébile notre mémoire cinéphilique. L'impact des opus ne peut cependant être simplement attribué à l'ingéniosité du réalisateur. Son indéniable sincérité signale pareillement l'immense fortune de fictions auxquelles furent discernés de nombreux prix. En effet, Cerda ne cesse de signaler le caractère obsessionnel du thème abordé. “J'ai eu ma propre expérience à ce sujet quand j'étais plus jeune”, avoue le cinéaste au journaliste de L'Ecran Fantastique (Mai 2007, n° 276, p. 69), Stéphane du Mesnildot. Un “homme est mort d'une crise cardiaque devant moi, j'étais choqué. Quand j'avais 14 ans, j'ai donc réalisé à quel point nous sommes fragiles, la réalité de la mort, le fait qu'elle arrivera qui que vous soyez et quoi que vous fassiez”, poursuit-il. Éloquentes, ces clefs biographiques ne suffisent pas à expliquer l'originalité des métrages. À la différence de multiples films d'horreur, THE AWAKENING, AFTERMATH et GENESIS ne s'intéressent pas tant à l'angoisse suscitée par la vision de notre prochaine disparition (histoires de fantôme...) ni même à celle de l'expérience post-mortem (L'EXPÉRIENCE INTERDITE, les histoires de zombies,...) mais au passage d'un monde à l'autre. La fraction de secondes qui voit l'âme se retirer du corps stimule l'imaginaire entier du cinéaste. En premier lieu, cette substitution (état de “mort” à celui de “vie”) s'éprouve dans son absurdité.

THE AWAKENING aborde la problématique en termes temporels. S'ennuyant en classe, un étudiant soumet sa perception du réel au temps subjectif. Dilatation d'une période qui assimile tel événement (cours de mathématique, par exemple) à un moment interminable, voilà une expérience somme toute banale... excepté lorsque cette conscience “onirique” tend à contaminer l'environnement. Quelle n'est pas la surprise de notre héros devant l'immobilité soudaine des aiguilles de l'horloge! Le “subjectif” prend le pas sur le réel, montrant à voir une inversion des hiérarchies ontologiques a priori inconcevable. Une dynamique inverse pour une constat similaire dans AFTERMATH. Privée de corollaire spirituel, la chair s'érige en “être là” fort difficile à accepter. Ainsi le cadavre consacre-t-il la primauté du Corps sur un Esprit ici absent, déséquilibre définissant exclusivement la mort comme “anéantissement biologique”. Enfin, GENESIS fait correspondre l'absurdité du dit concept à la séparation de deux amants. Responsable de la situation, la Camarde retire tout sens à l'existence du survivant.

Globalement, la trilogie souligne l'insignifiance des faits, désirs, espoirs ou rêves humains face à la prééminence du Corps et en cela à notre inéluctable disparition. Évidemment intolérable, cette perspective d'avenir génère une Révolte individuelle (Cerda opte pour le muet afin de traduire la solitude de ses héros). Refus momentané de l'étudiant quant à se rendre dans l'au-delà ou tentatives de donner vie à ce qui n'en possède pas (cadavre, statue) ; telles sont les armes utilisées pour vaincre la mort. “Renverser l'ordre des choses” demeure le maître mot du chirurgien d'AFTERMATH. Fasciné par la défunte qu'il s'apprête à autopsier, le personnage concentre ses interrogations existentielles dans un désir morbide lequel, sous ses aspects “choquants” et psychanalytiques, illustre l'universelle révolte des hommes contre leur Créateur. Comme Baudelaire pour sa “Charogne”, notre protagoniste accorde à “l'organique pourrissant” un charme particulier et par la même INVERSE les qualités classiques de l'objet désiré. La nécrophilie acquière une signification blasphématoire en vue d'abattre la frontière sacrée entre vivants et morts. Pour preuve le regard halluciné du médecin projetant littéralement la fougue de son désir sur le cadavre. Apogée de cette macabre transfusion, une scène de viol d'un réalisme quasi insoutenable consacre l'ultime espoir du Frankenstein contemporain. L'intrusion brutale d'une lame dans le vagin pourri et la violence du coït figurent la tentative désespérée du héros quant à offrir toute l'énergie vitale possible au “partenaire”. L'histoire de GENESIS constitue une variation conventionnelle de ces séquences sublimes. Le principe demeure pourtant identique. L'artiste éploré redonne vie à son épouse en octroyant à une statue le “Souffle” nécessaire. Comme la fameuse “Vénus d'Ille” ou le célèbre “Portrait ovale” (Edgar Allan Poe), l'oeuvre aspire (métaphoriquement dans le premier exemple) l'essence de l'être, quitte à le faire dépérir.

Nécrophile ou Pygmalion, les personnages de Cerda refusent de se plier aux règles du Destin pour au contraire remettre en cause son Ordonnance. Contre-nature et blasphématoire, l'ultime combat revêt la forme qui lui sied ; horreur et monstruosité d'une déviance sexuelle (AFTERMATH) ou métamorphose épouvantable (GENESIS). La mise en scène des métrages reflète d'ailleurs le pessimisme du parti pris. Particulièrement soignés, les génériques anticipent l'esthétique classique des opus. L'importance du son (bruitages peu ragoûtants de l'autopsie), de la photographie, du découpage (support d'un story-board précis) se justifient par un perfectionnisme qui prendra sens durant le visionnage. Comme le médecin ou le sculpteur paraissent souffrir d'une maniaquerie obsessionnelle, Cerda assujettit la création à une rigueur d'exécution qui force le respect. Cette qualité met en lumière la véritable portée d'une trilogie conçue pour associer la mort à un support métaphorique de l'ekphrasis. THE AWAKENING, AFTERMATH et GENESIS nous parlent de cinéma, nous en décrivent le fonctionnement et l'objectif. Nier la déchéance “biologique” en la montrant afin de l'immortaliser, le Septième Art s'érige en grand ennemi du Temps. Le nécrophile et l'artiste ont bien compris cela. L'un choisit de se photographier pendant le viol tandis que l'autre projette un film super huit sur la statue. Au delà du simple exercice de style et d'une quelconque catharsis, les oeuvres de Cerda crient la révolte de l'être contre la condition humaine, assimilant le gore et l'Épouvante à des fontaines de jouvence où l'écoulement du sang octroit à ceux qui savent l'apprécier, cette jeunesse particulière aux insoumis.

Wild Side nous offre la possibilité de visionner les films dans d'excellentes conditions. Film d'étudiant, THE AWAKENING propose au spectateur une copie d'époque comme en témoignent de légères rayures et poussières. Sans bénéficier de restauration ni nettoyage, l'image 1.33 (proche du format 1.37 relatif au 16mm) demeure correcte à l'instar du son mono d'origine (rappelons que les métrages sont muets).

Outre quelque tâches, l'image 16/9 de AFTERMATH est de bonne facture, parfaitement équilibrée, dotée d'une chroma exempte de défaut. À remarquer la présence d'un grain cinéma fort agréable sur le transfert au format 1.85. Deux bandes sonores sont mises à la disposition de l'acheteur. Si le “Dolby stéréo” d'origine s'avère bien spatialisé, on recommandera surtout les remix 5.1. En revanche, l'histoire tragique du sculpteur amoureux bénéficie d'une image scope (2.35) valorisée par des contrastes et piqués splendides. À noter toutefois la présence de petites pixellisations.

Sobre mais riche pour ceux enclins à mesurer la densité des bonus à leur seul intérêt, l'interactivité offerte par Wild Side contentera les cinéphiles. Outre quelques bandes-annonces subsidiaires (se déclenchant à la lecture du DVD mais qu'il est possible de “zapper”), l'éditeur propose d'abord à ses acheteurs de retrouver l'équipe d'AFTERMATH au sein d'un Making Of relativement complet. Images des techniciens en train de peaufiner les maquillages ainsi que les effets spéciaux, d'un directeur photo bien débordé ou du réalisateur donnant ses directives, cette immersion dans un tournage apparemment paradoxal demeure instructive. Si certaines scènes (viol, notamment) génèrent naturellement quelques tensions sur le plateau, la bonne humeur (comédien nu et maquillé dansant une sorte de polka pour amuser son entourage...) l'emporte souvent. Ponctuée de divers entretiens au demeurant fort brefs, cette petite promenade se goûtera pleinement en guise de dessert, après le métrage même. À cela s'ajoutent les commentaires audio du cinéaste qui, très bavards, viennent enrichir la relecture de chaque histoire. Davantage porté à revenir sur les aspects techniques des oeuvres, l'espagnol évoque les formats choisis, les coûts et conditions de réalisation, le talent des comédiens ainsi que l'efficacité de l'équipe. Des anecdotes (dégoût des techniciens devant le réalisme des cadavres...) et digressions thématiques — naturalisme d'AFTERMATH opposé au lyrisme de GENESIS — assoient nos présomptions quant au sérieux et à l'originalité de l'artiste. Enfin, une galerie photo (78 images) tente à nouveau de prendre à contre-pied l'austérité morbide des métrages via une distanciation humoristique par laquelle acteurs souriants ou “matériel gore” en désacralisent le pessimisme général.

Nous conseillerons aux plus curieux d'introduire la galette dans leur ordinateur. Un lien à la racine du DVD ouvre tout navigateur internet. Ce dernier propose un menu qui permettra à l'acheteur de lire, voire imprimer, les scénarios et story-boards de chaque fiction. Les documents nous sont fournis au format PDF, également réunis au sein du répertoire “sources”. Un très très beau cadeau que ces splendides story-boards, précis, esthétiques et fort intéressants. Quant aux scénarios ; heureux les anglophones (THE AWAKENING et AFTERMATH) et ceux qui lisent l'espagnol (GENESIS)!

C�cile Migeon

 

À la croisée des mondes (His Dark Materials) est une trilogie du genre fantasy écrite par le romancier britanniquePhilip Pullman de 1995 à 2000. Elle a été traduite en français par Jean Esch.

La trilogie originale, composée des livres Les Royaumes du Nord (1995), La Tour des anges (1997) et Le Miroir d'ambre (2000), suit le rite de passage de deux adolescents, Lyra Belacqua et Will Parry, qui traversent des univers parallèles en vivant une série d'aventures épiques. Elle est complétée d’œuvres – des préquelles et des romans parallèles – dont l'action se situe dans l'univers d’À la croisée des mondes : Lyra et les Oiseaux (2003) et Il était une fois dans le Nord (2008). L'auteur prévoit aussi une nouvelle trilogie, intitulée La Trilogie de la Poussière (The Book of Dust), dont le premier tome La Belle Sauvage est paru en 2017.

L'auteur s'est fortement inspiré d'un poème anglais du XVIIe siècle, Le Paradis perdu de John Milton, et aborde des thèmes tels que le passage à l'âge adulte, la mort et la religion. Le récit prend la forme d'un roman d'aventures allégorique où Pullman propose sa propre interprétation de l'origine de l'Homme et de son but sur Terre par des questionnements métaphysiques et philosophiques.

Initialement publiée pour les adolescents, la série est également destinée aux adultes en proposant plusieurs niveaux de lecture. Les livres originaux ont remporté plusieurs récompenses, en plus d'être devenus des succès littéraires, et sont considérés aujourd'hui comme des « classiques » de la littérature anglophone. Ils ont également été adaptés pour la radio, puis pour le théâtre entre 2003 et 2004, alors que le premier roman a été adapté pour le cinéma en 2007, sous le titre À la croisée des mondes : La Boussole d'or. La série a également fait l'objet d'un certain nombre de critiques, notamment de la part d'organisations chrétiennes, lui reprochant son contenu antireligieux.

Genèse et rédaction[modifier | modifier le code]

Choix des titres[modifier | modifier le code]

Le titre de la série, en anglais His Dark Materials (littéralement « Ses noirs matériaux »[N 1]), est tiré du poème anglais du XVIIe siècle de John Milton, Le Paradis perdu (Paradise Lost)[N 2] :

« Into this wilde Abyss,

The Womb of nature and perhaps her Grave,
Of neither Sea, nor Shore, nor Air, nor Fire,
But all these in their pregnant causes mixt
Confus'dly, and which thus must ever fight,
Unless th' Almighty Maker them ordain
His dark materials to create more Worlds,
Into this wilde Abyss the warie fiend
Stood on the brink of Hell and look'd a while,
Pondering his Voyage; for no narrow frith

He had to cross. »

— John Milton, Paradise Lost(1667). Livre II, lignes 910 à 920.

« Dans ce sauvage abîme, berceau de la nature, et peut-être son tombeau ; dans cet abîme qui n’est ni mer, ni terre, ni air, ni feu, mais tous ces éléments qui, confusément mêlés dans leurs causes fécondes, doivent ainsi se combattre toujours, à moins que le tout-puissant Créateur n’arrange ses noirs matériaux pour former de nouveaux mondes ;
Dans ce sauvage abîme, Satan, le prudent ennemi, arrêté sur le bord de l’Enfer, regarde quelque temps : il réfléchit sur son voyage, car ce n’est pas un petit détroit qu’il lui faudra traverser. »

— Traduction par François-René de Chateaubriand(1861).

Le poème de Milton raconte la guerre que Satan lance contre Dieu en levant une armée d'anges rebelles. Leur tentative échoue et ils sont bannis du Paradis. Satan, cherchant à se venger, intervient pour convaincre Adam et Ève de goûter au fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, provoquant ainsi la Chute et leur bannissement du jardin d'Éden. Poème épique ayant pour « héros » l'ange déchu, Lucifer, il est souvent considéré comme l'une des plus grandes œuvres littéraires de langue anglaise avec celles de Shakespeare[1].

Pullman a d'abord proposé de nommer la série The Golden Compasses (littéralement « Les compas d'or »), autre référence au Paradis perdu, où sont évoqués les compas que Dieu utilise pour établir les limites de la Création (Chateaubriand a cependant choisi de traduire le passage en utilisant le singulier).

« Then staid the fervid wheels, and in his hand

He took the golden compasses, prepared
In God's eternal store, to circumscribe
This universe, and all created things:
One foot he centered, and the other turned
Round through the vast profundity obscure
And said, thus farr extend, thus farr thy bounds,

This be thy just Circumference, O World. »

— John Milton, Paradise Lost(1667). Livre VII, lignes 224 à 232.

« Alors il arrête les roues ardentes, et prend dans sa main le compas d’or préparé dans l’éternel trésor de Dieu, pour tracer la circonférence de cet univers et de toutes les choses créées. Une pointe de ce compas il appuie au centre, et tourne l’autre dans la vaste et obscure profondeur, et il dit : « jusque-là étends-toi, jusque-là vont tes limites ; que ceci soit ton exacte circonférence, ô monde ! »

— Traduction par Chateaubriand (1861).

Finalement, l'auteur intitule les trois romans Northern Lights, The Subtle Knife et The Amber Spyglass et les publie sous ce nom entre 1995 et 2000 au Royaume-Uni.

Cependant, l'éditeur américain Knopf, exploitant le double sens de « compass » : « compas » et « boussole », a préféré nommer le premier livre The Golden Compass (au singulier), dans le sens « La Boussole d'Or », en référence à l'aléthiomètre de Lyra. Aussi, dans le deuxième roman, Pullman rationalise-t-il le titre américain en faisant utiliser le mot « boussole » par le personnage de Mary Malone pour parler de l'aléthiomètre[2]. Ce titre alternatif est pour certains critiques meilleur que le Northern Lights puisqu'il évoque le troisième objet alimenté par la Poussière, l'aléthiomètre. Ainsi, avec le poignard subtil et le miroir d'ambre, ils formeraient une série de trois « objets-titres » : The Golden Compass, The Subtle Knife et The Amber Spyglass[3],[2].

La traduction française a décidé de ne pas reprendre littéralement les titres choisis par l'auteur – et ainsi de supprimer les références à Milton. La série, His Dark Materials, est devenue À la croisée des mondes, alors que les trois tomes, Northern Lights (littéralement, « Les Lumières du Nord »), The Subtle Knife (« Le Poignard subtil »), et The Amber Spyglass (« La Longue-vue d'ambre ») sont respectivement traduits par Les Royaumes du Nord, La Tour des anges et Le Miroir d'ambre. Le premier livre complémentaire, Lyra et les Oiseaux, a pour titre original Lyra's Oxford (« L'Oxford de Lyra ») ; Il était une fois dans le Nord est une traduction littérale.

Influences[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Les trois influences littéraires majeures qu'a reconnues Philip Pullman[N 3] sont l'essai Du Théâtre de Marionnettes (Über das Marionettentheater, 1810) de Heinrich von Kleist[4], les travaux de William Blake et surtout Le Paradis perdu (1667) de John Milton, source du titre et de nombreuses idées[5]. Admirateur des deux derniers, Pullman adapte pour plaisanter la célèbre phrase de Blake à propos du poète puritain[N 4] et se l'applique à lui-même : « je suis du côté du Diable et je ne le sais que trop bien[C 1] »[6],[7]. D'ailleurs, il est reconnu comme l'un des héritiers de Milton (voir la section « Pullman et Milton : l'héritage »), à l'instar de nombreux écrivains britanniques, Alexander Pope, William Blake, Percy Bysshe Shelley, Mary Shelley, John Keats ou Lord Byron[8].

D'autre part, Pullman retient la série épique de Richard WagnerL'Anneau du Nibelung (Der Ring des Nibelungen, 1849-76) parmi les œuvres ayant conduit à la construction de la mythologie des différents mondes, qu'il compare au Seigneur des anneaux (The Lord of the Rings, 1954-55) de J. R. R. Tolkien : « L'Anneau de Wagner est une œuvre républicaine, alors que celle de Tolkien ne l'est pas. Les dieux et héros de Wagner sont exactement comme des humains, à une plus grande échelle : chaque vertu et chaque tentation humaine est représentée. Tolkien en laisse une bonne partie de côté : par exemple, personne en Terre du Milieu n'a jamais de relation sexuelle. Comment naissent les enfants doit leur rester totalement mystérieux[C 2] »[9] (Pullman reste cependant admirateur de Tolkien[10]). D'autres références littéraires parsèment les livres : la Divine Comédie (Divina Commedia, 1307-1321) de Dante ou Faust (1808-32) de Goethe[11].

Tout au long de la trilogie, les textes bibliques, en particulier la Genèse et les mythes liés à la Chute, servent de support à la construction des personnages et la démonstration idéologique. Ainsi, Pullman relie le péché originel à la naissance de la conscience : à un moment donné de l'évolution, (Ève croque la Pomme, Prométhée vole le feu, etc.), l'Homme, s'affranchissant de la nature et du divin, s'engage dans la voie de l'individualisation consciente[12],[11]. S'y retrouvent également les mythes et légendes classiques (gréco-romains), nordiques et celtiques[13].

Outre Milton et Blake et surtout dans le dernier livre, Pullman cite d'autres auteurs, en majorité poètes, ayant marqué la littérature européenne et américaine : John Ashberry, George G. Byron, Samuel Taylor Coleridge, Emily Dickinson, John Donne, Robert Grant, George Herbert, John Keats, Andrew Marvell, Rainer Maria Rilke, Christina Rossetti, John Ruskin, Edmund Spenser et John Webster. Il évoque également le poète grec antique Pindare ainsi que des personnages et textes bibliques : Ézéchiel, Jean, L’Exode et Le Livre de Job[14].

A contrario, Le Monde de Narnia (The Chronicles of Narnia), la série de romans de C. S. Lewis publiée de 1950 à 1956, semble avoir eu une influence négative sur lui. Il la qualifie d'« ouvertement raciste », de « monumentalement désobligeant envers les femmes », d'« immoral » et de « diabolique »[C 3],[15],[16] (voir la section « Pullman et Lewis : l'antithèse »).

Écriture et place dans l’œuvre de l'auteur[modifier | modifier le code]

Pullman a mis sept ans à écrire la trilogie : deux ans pour chacun des deux premiers livres et trois pour le dernier[5]. Il explique que « l'histoire [lui] trottait dans la tête depuis longtemps, l'idée d'une très grande histoire qui serait libérée des contraintes du réalisme superficiel[C 4],[17]. »

« Il existe de nombreuses façons de raconter la même histoire. Inévitablement, les préoccupations du conteur deviennent visibles dans la force et la manière dont il dépeint tel ou tel aspect du conte[C 5]. »

— Philip Pullman dans l'introduction au Paradis perdu de John Milton, réédité en 2005[18].

Philip Pullman, né en 1946, a été professeur dans différents collèges (Middle Schools) à Oxford avant de rejoindre en 1986 la Westminster School de Londres, l'une des plus prestigieuses Public Schools anglaises, où il exerce pendant huit années[19]. Il commence à écrire dès 1972, à vingt-cinq ans, avec The Haunted Storm, qui remporte le New English Library's Young Writer's Award. Il se dirige ensuite vers la littérature pour enfants : il écrit des pièces de théâtre pour ses élèves et s'emploie à leur lire ses histoires préférées, dont Le Paradis perdu, les œuvres de Blake ou les mythes grecs[20]. En 1985, il débute la série de romans Sally Lockhart, qui se déroule dans l'Angleterre victorienne. À la croisée des mondes est considéré comme son œuvre principale et est mondialement renommée. Par la suite, il remporte nombre de distinctions, dont le titre de Commandeur de l'ordre de l'Empire britannique (CBE) en 2004, ainsi que diverses récompenses décernées par des associations littéraires anglo-saxonnes. Il poursuit son exploration de l'univers de la trilogie depuis 2003, avec la publication de « livres-frères » (Companion Books), écrit occasionnellement des tribunes pour le The Guardian et reste engagé dans l'interprétation de la culture religieuse avec Jésus le bon et Christ le vaurien (The Good Man Jesus and the Scoundrel Christ) publié en 2010[21].

Pullman désire inverser la proposition de Milton d'une guerre entre le Ciel et l'Enfer, arguant que Satan, le personnage principal du Paradis perdu, ne saurait être le héros de son histoire[22] : Milton se trouve donc mis à la portée d'un public adolescent[23],[24], car sont mis en scène deux enfants, Will et Lyra, qui partent sauver le monde libre contre la dictature de la religion, mission couronnée de succès puisque l'ordre établi est renversé. Fasciné qu'il est depuis son adolescence par le poème, Pullman explique qu'il « a commencé avec l'idée d'une jeune fille cachée à un endroit où elle n'aurait pas dû se trouver, témoin de quelque chose qu'elle n'aurait pas dû entendre. Je ne savais pas alors qui elle était, où elle se cachait, ni ce qu'elle avait entendu. J'ai juste commencé à écrire. Rapidement, je me suis rendu compte que j'étais en train d'écrire une histoire susceptible d'explorer tout ce à quoi je pensais depuis des années. Lyra est apparue dans ma vie au bon moment[C 6],[25] »[5].

Le début de l'histoire rappelle fortement Le Monde de Narnia de C. S. Lewis, notamment son premier volet intitulé Le Lion, la Sorcière blanche et l'Armoire magique (The Lion, the Witch and the Wardrobe, 1950). En découle une transformation générant le reste de l'aventure : Lucy passe en effet par l'armoire pour atteindre Narnia et Lyra, cachée dans une penderie, y découvre l'existence de la Poussière[26],[13].

Enfin, chaque chapitre de la trilogie est illustré par un encadré dont Pullman est lui-même l'auteur[27],[28],[29].

Résumés[modifier | modifier le code]

Note : dans le reste de l'article, les mondes traversés par les protagonistes seront ainsi désignés : « monde de Lyra » pour le premier roman, « monde de Will » pour le nôtre, et « monde de Cittàgazze » pour le monde méditerranéen du deuxième livre ; puis chacun de ceux que présente le Miroir d'ambre prendra le nom des créatures qui le peuplent (« monde des Mulefas », « monde des Morts », « monde des Gallivespiens », etc.), à l'exception du monde où Lord Asriel construit sa forteresse, appelé « République des Cieux » (voir aussi la section « Cadre spatio-temporel »).

Les Royaumes du Nord[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Les Royaumes du Nord.

Dans un monde ressemblant au nôtre, Lyra Belacqua est une jeune fille de douze ans ayant grandi dans le cercle fermé de Jordan College à Oxford. Entourée de maîtres lugubres, des hommes pour la plupart, elle apprend par hasard l'existence de la Poussière (Dust en anglais), étrange particule élémentaire semblant dotée d'une conscience, qu'a redécouverte Lord Asriel dans le Nord. Le Magisterium, le puissant organe de répression de l'Église[N 5], établit que la Poussière est liée au Péché originel. Ses propriétés propres font l'objet d'expériences visant à déterminer pourquoi elle semble moins attirée par les enfants que par les adultes. Ces travaux, dirigés par Madame Coulter et des théologiens expérimentaux, scientifiques mandatés par le Magisterium, conduisent à la décision d'enlever des enfants pour les conduire secrètement au Nord où, par un procédé douloureux appelé intercision, est pratiquée la résection de leurs dæmons (partie d'eux-mêmes incarnée sous la forme d'un animal). Lyra a pour meilleur ami Roger Parslow[N 6], lui aussi enlevé, et elle jure de le retrouver.

Le Maître de Jordan College, une sorte de doyen d'université de par ses fonctions, a reçu des parents de Lyra la responsabilité de son éducation ; sous la pression du Magisterium, il accepte que Mme Coulter fasse de Lyra son assistante, mais avant qu'elle ne parte, il la met en garde et lui offre un aléthiomètre (alethiometer ou « lecteur de vérité »), instrument permettant, une fois son fonctionnement bien compris, de répondre à n'importe quelle question. D'abord enthousiaste à l'idée de quitter Jordan College et de suivre Mme Coulter dans ses recherches, Lyra finit par découvrir que cette hypnotique et élégante dame préside le Conseil d'Oblation (Oblation Board), organisme chargé des enlèvements et plus connu sous le nom d'« Enfourneurs » (Gobblers[N 7]).

Elle prend alors la fuite et est recueillie par des Gitans[N 8], qui lui apprennent qu'en réalité, Mme Coulter est sa mère et que Lord Asriel n'est pas son oncle, mais son père. Les Gitans décident d'organiser une expédition, à laquelle Lyra réussit à se joindre, pour secourir les enfants, en majorité appartenant à leur communauté, qui ont été enlevés et sont retenus au Nord. Aidés par un ours en armure (panserbjørne) nommé Iorek Byrnison et de sorcières, les Gitans sauvent les enfants après avoir découvert l'objet des expériences pratiquées à Bolvangar. Lyra, Roger et Iorek s'envolent vers Svalbard, le Royaume des ours en armure, à bord du ballon de l'aéronauteLee Scoresby. Lyra aide Iorek, un prince exilé, à retrouver son trône, puis poursuit son chemin à la recherche de son père, lui aussi exilé à Svalbard sur ordre de Mme Coulter. À tort, Lyra est persuadée qu'Asriel désire s'emparer de son aléthiomètre pour réaliser son projet de construction d'un « pont » reliant le ciel à un autre monde. En fait, c'est une énorme quantité d'énergie que requiert son entreprise, énergie que la séparation de Roger et de son dæmon (l'intercision), procédé également utilisé par les Enfourneurs pour leurs expériences, finit par libérer. Lyra arrive trop tard pour sauver Roger mais, apercevant son père traverser le pont, elle décide de le suivre dans le nouveau monde[26].

La Tour des anges[modifier | modifier le code]

Article détaillé : La Tour des anges.

Après sa traversée du ciel par le pont de Lord Asriel, Lyra atterrit à Cittàgazze, ville côtière dont certains habitants ont découvert un moyen indolore pour traverser les mondes bien avant Lord Asriel et son pont : un poignard permettant de découper leur « enveloppe » et d'ouvrir une « fenêtre » de l'un à l'autre. Cependant, l'usage immodéré et imprudent de cette technologie a libéré les Spectres (Specters) mangeurs d'âmes, contre qui les enfants sont immunisés, mais qui terrorisent les adultes. Lyra y rencontre Will Parry, garçon de douze ans venant de notre monde ; recherché par la police pour le meurtre d'un homme qui menaçait sa mère malade, il a par hasard découvert une fenêtre donnant sur Cittàgazze et s'y est réfugié.

Will devient le porteur du Poignard subtil (Subtle Knife), outil forgé il y a trois cents ans. L'un de ses côtés permet de scinder les plus infimes particules subatomiques, ce qui génère dans l'espace de subtiles divisions spirituelles ouvrant des fenêtres entre les mondes ; l'autre a le pouvoir de découper n'importe quelle matière. Après avoir rencontré les sorcières, les deux adolescents partent à la recherche du père de Will, réfugié contre son gré dans le monde de Lyra sous un autre nom. En effet, ayant découvert une fenêtre, il y est entré mais n'a jamais retrouvé son chemin pour en revenir. Malheureusement, John Parry est presque aussitôt assassiné par une sorcière autrefois amoureuse de lui et qu'il avait repoussée.

Peu après, Lyra est enlevée[30].

Le Miroir d'ambre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Le Miroir d'ambre.

Lord Asriel tente de construire la République des Cieux (Republic of Heaven) pour lutter contre le Royaume des Cieux (Kingdom of Heaven), où siège l'Autorité (The Authority). Deux anges rebelles, Balthamos et Baruch, abordent Will et l'informent qu'il doit voyager avec eux pour offrir la puissance du Poignard subtil à Lord Asriel afin que celui-ci puisse tuer l'Autorité. Will, décidé à secourir Lyra d'abord, est aidé par une jeune fille nommée Ama, le roi des ours Iorek Byrnison et les espions gallivespiens d'Asriel, le Chevalier Tialys et Lady Salmakia. Il sauve Lyra de la caverne où sa mère, Mme Coulter, la retient captive afin de la protéger du Magisterium, qui a découvert dans une prophétie des sorcières que Lyra était la « Nouvelle Ève[N 9] » et est décidé à la tuer avant qu'elle ne cède encore à la Tentation. Après leur fuite, Lyra, Will, Tialys et Salmakia traversent le monde des Morts.

Pendant ce temps, Mary Malone, scientifique originaire du monde de Will qu'intéresse la Poussière (ou « Ombres »), découvre un passage ouvrant sur un monde où vivent des créatures appelées Mulefas. Elle y découvre la vraie nature des Ombres, des particules de conscience, à la fois créées et nourries par la vie consciente, dont la fuite dans le néant va conduire à la destruction du libre-arbitre et du plaisir. La désormais excommuniée Mme Coulter s'associe à Lord Asriel pour détruire le Régent de l'Autorité, Métatron, mais ils sont tous deux annihilés par l'abîme dans lequel ils ont poussé Métatron. L'Autorité Elle-même disparaît lorsque Will et Lyra La libèrent de la prison de cristal dans laquelle son Régent L'avait enfermée.

Will et Lyra, quant à eux, libèrent les fantômes du monde des Morts, retrouvent leur dæmons, dont ils ont dû se séparer à l'entrée, et, découvrant leur amour mutuel, succombent à la Tentation évoquée par la prophétie, ce qui a pour effet de stopper la fuite de la Poussière. Cependant, ils se rendent vite compte qu'il ne leur est pas donné de vivre ensemble dans le même monde, chaque fenêtre devant être refermée et les dæmons ne pouvant vivre toute une vie hors de leur monde d'origine[31].

Livres complémentaires[modifier | modifier le code]

Lyra et les Oiseaux
Le livre se situe deux ans après Le Miroir d'ambre. Une sorcière qui cherche à venger son fils, mort au cours de la guerre contre l'Autorité, tend un piège à Lyra, maintenant âgée de quinze ans.
Il était une fois dans le Nord
La nouvelle est une préquelle des Royaumes du Nord et s'attarde sur le jeune aéronaute texan Lee Scoresby, alors qu'il avait vingt-quatre ans. Après avoir gagné son ballon dirigeable, Scoresby s'envole pour le Nord et atterrit sur les îles de Novy Odense dans l'Arctique, où il se retrouve mêlé à un dangereux conflit de territoire. Il rencontre au cours de cet épisode l'ours en armure Iorek Byrnison.

Personnages[modifier | modifier le code]

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Personnages dans À la croisée des mondes.

  • Lyra Belacqua est une jeune fille de douze ans, un peu « garçon manqué », ayant grandi à Jordan College (Oxford) où son père Lord Asriel l'a abandonnée. Elle est décrite comme une fillette maigrelette aux cheveux blonds foncés en bataille et aux yeux bleus. Elle s’enorgueillit de sa capacité à tromper les gens et excelle dans l'art du mensonge, au point que son ami et protecteur Iorek Byrnison l'a surnommée « Lyra Parle d'Or ». Elle manie l'aléthiomètre de façon presque innée, alors que son utilisation requiert d'habitude des décennies d'expérience. D'un caractère sauvage et intuitif, elle est loyale envers ses amis et porte en elle la culpabilité de la mort de son jeune ami Roger Parslow. Une prophétie prédit qu'elle est « destinée à mettre fin au Destin », sans jamais en avoir conscience et en commettant une grande trahison. Les sorcières la nomment « la nouvelle Ève[N 9] », parce qu'elle serait soumise à la tentation du serpent, représenté par Mary Malone.
    • Pantalaimon est le dæmon de Lyra. Comme tous les dæmons des enfants n'ayant pas atteint la puberté, il change de forme, passant d'une créature à l'autre, avant de devenir, à la fin de la trilogie, une martre des pins rousse, svelte et gracieuse. Lyra est unie à lui pour toujours, mais elle est contrainte de l'abandonner pour pénétrer dans le monde des morts, réalisant de ce fait la trahison évoquée par la prophétie. Elle n'est cependant pas séparée de lui comme l'étaient les victimes de la centrale de Bolvangar.
  • Will Parry, issu de notre monde, est un garçon de douze ans, sensible, mature et délibérément moral. Devenu le détenteur du Poignard subtil, il se trouve en butte aux forces qui le convoitent. Will est indépendant et responsable pour son âge, ne serait-ce que parce qu'il a dû s'occuper de sa mère, mentalement instable. D'autre part, il a acquis la capacité de passer inaperçu.
    • Kirjava est le dæmon de Will. Auparavant invisible, il apparaît après le voyage de Will dans le monde des morts. Ce dernier ne le rencontrera cependant que bien plus tard, après la bataille finale. Il prend la forme d'un chat à la fin de la trilogie.
  • Lord Asriel, soi-disant oncle de Lyra, est en réalité son père. Explorateur et chercheur émérite, il ouvre une brèche entre les mondes et part à la poursuite de la Poussière. Sa mission est de détruire l'Autorité, de renverser les forces de l'Église et de constituer la République des Cieux. À cette fin, il rassemble une immense armée rebelle constituée de multiples puissances. Il fut l'amant de Marisa Coulter (mère de Lyra) et de Ruta Skadi (reine des sorcières de Lettonie)
  • Marisa Coulter est la mère de Lyra, belle, froide et extrêmement manipulatrice. Elle sert le Magisterium en enlevant des enfants pour effectuer des recherches sur la nature de la Poussière. Initialement hostile à Lyra, elle prend finalement conscience du profond amour qu'elle lui porte et, dorénavant, n'a de cesse de la protéger des agents du Magisterium qui cherchent à attenter à sa vie.
    • Le singe doré est le dæmon de Mme Coulter. Ses tendances à la cruauté et la violence sont à l'image du véritable caractère de son humain. Tout comme elle, il est décrit comme splendide.
  • L'Autorité est le premier ange issu de la Poussière et l'Être suprême reconnu par le Magisterium, une institution religieuse oppressive symbolisant le Christianisme. Il a menti à ceux qui l'ont suivi en leur faisant croire qu'il est leur créateur et celui de l'Univers. Bien qu'il soit la principale cible de Lord Asriel, il ne joue qu'un rôle de second plan, n'apparaissant que brièvement vers la fin du Miroir d'ambre : vieillard devenu vulnérable et naïf, il a transmis ses pouvoirs à son régent Métatron.
  • Iorek Byrnison est un ours en armure exilé que le dépit a rendu alcoolique. Son armure, l'équivalent des dæmons, ayant été volée par les humains, Lyra l'aide à la récupérer et, par là, à lui rendre sa dignité et le trône de Svalbard. À la fois guerrier puissant et forgeron, c'est Iorek qui répare le Poignard subtil lorsqu'il se brise.
  • Mary Malone est une physicienne venue du monde de Will. Elle rencontre Lyra qui lui donne un aperçu de la vraie nature de la Poussière (qu'elle connaît sous le nom d'« Ombres »). Elle apprend alors à communiquer avec les particules, qui lui conseillent de s'enfuir, car elle est poursuivie par des agents de l'Église et elle trouve refuge dans le monde des Mulefas. Elle y construit un miroir d'ambre qui lui permet de visualiser la Poussière (symbole de la Connaissance) et tente de comprendre pourquoi celle-ci, essentielle à la survie des Mulefas, s'écoule hors de l'univers.
    • Le crave alpin est le dæmon invisible de Mary. C'est la sorcière Sérafina Pekkala qui lui enseignera une technique pour pouvoir le visualiser.

Évolution des personnages[modifier | modifier le code]

Lyra[modifier | modifier le code]

Le personnage de Lyra peut être rapproché d'un poème de Blake, intitulé The Little Girl Lost[32] (littéralement « La Petite Fille perdue »), dont l'héroïne se nomme Lyca[33]. Outre la similitude de leurs noms, les deux fillettes partagent certains traits de caractère, notamment leur côté sauvage et impulsif. « Lyra » vient du grec λύρα (« lyre ») et « Belacqua » de l'italien bella et acqua, soit « belle eau » ; il renvoie aussi au personnage de Belacqua dans la Divine Comédie de Dante, une âme de l'antépurgatoire (chant IV, 98-135) représentant ceux qui attendent la dernière opportunité pour se tourner vers Dieu[34]. Son dæmon, Pantalaimon, peut être rapproché du héros grecTélamon et de Saint Pantaléon, nom lui-même issu du grec πάν / pán (« tout ») et ελεἶμον / éléïmon (« miséricordieux »), pouvant signifier « qui pardonne toujours »[35]. Elle est qualifiée de « nouvelle Ève[N 9] » par les sorcières et ses actions vont déterminer l'avenir de l'univers : elle joue le rôle d'un prophète, désigné pour sauver l'humanité.

Remarquée par plusieurs auteurs et universitaires féministes, Lyra est le symbole de la lutte que mène Pullman contre les structures et traditions patriarcales tant religieuses que sociales : elle défie les conventions, conquiert son autonomie, affirme son libre-arbitre et contribue à l'amélioration du(des) monde(s)[36]. Physiquement et mentalement forte, franche, vive et perspicace[37], elle s'affirme comme à l'opposé des personnages féminins de la littérature de jeunesse[38], ces princesses enfermées dans un donjon, que le destin condamne à attendre le prince-charmant ou à servir leurs homologues masculins[36],[39].

De plus, la nouvelle de la mort accidentelle de ses parents alors qu'elle était enfant l'a rendue indépendante, pleine de ressources et prompte à s'adapter à toutes les situations[40]. L'auteur explique que, dans la littérature pour enfants, « se débarrasser des parents »[41] est à la fois un problème, mais aussi une nécessité : les héros se doivent d'être libres et seuls pour vivre leurs aventures[5]. Pour autant, la protection parentale est souvent évoquée dans la trilogie : Lyra, abandonnée par les siens, retrouve des parents de substitution dans une succession de personnages adultes jalonnant son parcours, le Maître de Jordan College, Ma Costa, Lord Faa, Iorek Byrnison, Lee Scoresby, Serafina Pekkala, Mary Malone, etc. Et paradoxalement, lorsqu'elle découvre l'identité de ses parents biologiques, elle fait tout pour les repousser et entretient avec eux des rapports conflictuels, sans jamais parvenir à les considérer comme ses modèles[39].

Will[modifier | modifier le code]

William Parry est un vrai héros masculin, dont la personnalité est on ne peut plus différente de celle de Lyra : posé et responsable là où elle est impulsive, sauvage et indépendante, il ne bénéficie jamais de la protection de ses parents, puisque son père a disparu alors qu'il n'avait qu'un an, et que sa mère est atteinte de ce qui ressemble à la schizophrénie ; c'est d'ailleurs lui qui lui sert de parent et il lui incombe de faire face à des problèmes très ancrés dans la réalité, s'occuper de sa mère, trouver à manger, ne pas se faire repérer, alors que Lyra vit une série d'aventures fantastiques impliquant des dæmons, des ours qui parlent et des sorcières. Sa gravité, sa fierté et sa bravoure, inhabituelles pour son âge, en font un personnage ambigu qui effraye même les sorcières, alors qu'il n'est qu'un garçon à la recherche de son père[30].

Will est le porteur du poignard subtil et a été parfois contraint de faire preuve de violence. Cependant, il refuse d'endosser le rôle de conquérant et de guerrier. Ainsi, dans Le Miroir d'ambre, lorsqu'enfin s'offre à lui la possibilité de parler à son père, il insiste pour décider lui-même de son avenir, sans rien devoir à la société ou au destin : « tu as dit que j'étais un guerrier. Tu as dit que c'était ma nature, et que je ne pouvais pas m'y opposer. Père, tu avais tort. Je me suis battu parce que j'y étais obligé. Je ne peux pas choisir ma nature, mais je peux choisir mes actes. Et désormais, je choisirai, car je suis libre. »[42]. Will, plus proche de l'âge adulte que Lyra, représente le triomphe du libre-arbitre[43]. D'ailleurs, son nom suffit à symboliser son caractère, will signifiant « volonté »[8].

Madame Coulter[modifier | modifier le code]

Marisa Coulter, la mère de Lyra, est un mélange d'Ève et de Lilith, personnage apocryphe de l'Éden et première compagne d'Adam, symbole de la révolte féminine. Lilith est le prototype de la femme fatale, à la sexualité insatiable, pleine d'assurance et indépendante, ce qui correspond parfaitement à la personnalité de Madame Coulter, qui allie science et beauté. Ce personnage vil, trompeur et vicieux, semblable au Serpent[

La Chute de Lucifer (1866), illustration du Paradis perdu par Gustave Doré.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *